Vendredi 21 mars 2008
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Cet article va examiner deux mouvements d'une séquence de hojo undo (exercices préparatoires) en Uechi-Ryû et explorer les éléments de fajing (génération
d'énergie) qu'ils contiennent. Chaque séquence de hojo undo va être décrite et les implications de fajing seront présentées.
Les éléments du kata dont sont tirés les hojo undo, sont "cachés" dans les kata et leur sens n'est révélé qu'à ceux qui cherchent sérieusement. Sans une telle
recherche, les mouvements d'un kata, pour un style désigné, sont relativement limités dans leurs applications. L'importance de pratiquer physiquement les mouvements du kata -- individuellement et
en groupe -- pour obtenir la compréhension et la propriété n'est plus à démontrer. Le processus d'imprégnation des mouvement d'un kata dans la mémoire neuro-musculaire du corps est similaire au
tir sur cible. Connaître la balistique sans pratique réelle du tir, est voué à l'échec. Ainsi, c'est la double utilisation des énergies mentale et physique qui nous permet de maîtriser les
mouvements d'un kata. A partir de ce seul moment, le pratiquant peut commencer à voir le kata, non pas comme un catalogue de techniques, mais plutôt comme une encyclopédie de vecteurs
énergétiques qui sont gouvernés par des concepts de structure et de mouvement, et ayant par conséquent, un potentiel illimité pour les bunkai.
Il est n'est pas habituel d'associer des concepts comme le fajing avec des systèmes de karate. Mais la connaissance de l'histoire du karate Uechi-Ryû,
donnera tout son sens aux discussions basées sur les concepts habituellement associés à l'étude des kung-fu chinois.
KARATE(唐手) UECHI-RYU(上地流)
Le karate Uechi-ryû (唐手上地流) est un système de concepts de combat civil,
de techniques et de stratégies initialement enseigné par maitre Kanbun Uechi (上地完文, 1877-1948), et
plus tard élaboré par son fils ainé et successeur maître Kanei Uechi (1910-1991). Le noyau du système de l'Uechi-Ryû fut appris par maitre Kanbun Uechi durant une période de 13 ans lorsqu'il
vivait et étudiait en Chine (1897-1910). Bien que des chercheurs historiens continuent à croire que maître Uechi a étudié diverses écoles chinoises de kenpo (boxes), durant cette période, il
reçut la plus grande partie de son enseignement d'un sifu de nan quan (le poing du sud), Chou Tzu-hoShu Shi Wa ou (japonais:
周子知, pinyin: Zu Zhi He). Sifu Chou était réputé pour être expert dans plusieurs styles de combat, particulièrement la
boxe du tigre. Le style Uechi était initialement connu sous le nom de Pangainoon Ryû Karate Jutsu et représentant un amalgame de concepts de combat, de techniques et de
stratégies issues des système de boxe du tigre, du dragon et de la grue.
Il y a de nombreuses interprétations variées du terme pangainoon (prononcé aussi Pan Ying JenPan Ying
Gut)--littéralement "moitié dur doux". Mais donner une signification spécifique au terme est difficile en l'absence de contexte. Un lien conceptuel est nécessaire pour déterminer ce qui
est mi-dur et ce qui est mi-doux. Une interprétation intéressante pourrait être "doux à l'extérieur, dur à l'intérieur". Cette interprétation est semblable l'idée des arts martiaux chinois
"rou zhong han gong" (du dur dans le doux) et a des implications fortes pour l'analyse des mouvements au sein du style Uechi. Cette interprétation dénote une synthèse holistique
des énergies yin (doux, calme ou passif) et yang (dur, agressif ou actif) tels qu'ils sont expliqués aujourd'hui par les styles appelés internes. Elle suggère un mouvement relâché élastique
nécessaire pour le succès de la projection d'énergie. C'est le type de mouvement qu'il faut pour faire un puissant lancé de balle, ou pour briser (concasser, fracasser) les os d'un adversaire.
Cette controverse est renforcée par l'omniprésence de techniques de frappe yang (dur/aigüe) dans le curriculum Uechi, c'est à dire: shoken (poing serré, index saillant), hiraken (poing plat),
hiji (coude), nukite (main en pique), kakushiken (bec de la grue) et sokosen (gros orteils) pour ne citer qu'eux. Même l'universelle frappe shotei uchi du talon de la paume (yin) est faite de
manière yang sous la forme de boshiken (pouce plié, frappe avec l'articulation du pouce). Il est généralement admis que les formes yang (dur) sont utilisées pour atteindre les points anatomiques
vulnérables yin (doux).
Alors que le fil du temps a certainement effacé toutes les preuves objectives concernant l'origine du style Uechi, il est difficile d’affirmer quoique soit
avec certitude. Cependant, maître Chojun Miyagi( ou
宮城 長順, 25 avril 1888 — 8 octobre 1953)) nomma son
style Gôjû-ryû(剛柔流), sur la base d’une interprétation improvisé du Bubishi (Wu Bei
Ji), il en peut-être de même pour la désignation « pangainoon ». Ce nom est peut-être le produit des efforts de maitre Uechi pour décrire un concept important du style, plus
que l'existence d'un titre officiel. Nous devons nous rappeler que durant la période historique considérée, les noms de styles, et autres significations comme les symboles et les uniformes, ont
joué un rôle nettement moins important dans les arts martiaux que ce n'est le cas actuellement. Malgré tout, ce qui est sûr, c'est que le karate Uechi-Ryû est largement le produit des études
intenses et prolongées d'un homme, dans un style de kung-fu du Sud de la Chine.
En décrivant les 4 principales écoles de karate à Okinawa, Maître Morio Higaonna fait remonter la lignée de l'Uechi-Ryû non pas à une forme de Te
indigène (tradition de combat okinawaïenne non armée) ou d'une mixture entre le Te et des arts d'origines chinoises, mais directement du kenpô chinois. Nous savons aussi que l'Uechi-Ryû, bien
qu'ayant historiquement subit quelques petites modifications, est considéré par de nombreux pratiquants érudits ou par des historiens des arts martiaux comme un des derniers système de karate
"authentique". "Authentique" en ce sens qu'il réfère à un système de combat rapproché (CQC) qui reconnaît les réalités du combat à mains nues en portant l'accent sur la condition du corps et
l'utilisation du makiwara. De plus l'uechi-Ryû est toujours largement enseigné avec les anciennes traditions d'instruction individuelle ou en petit groupe. Il est difficile d'imaginer une autre
manière plus efficace d'enseigner le subtil travail énergétique requis dans sanchin, le premier et le plus important kata du système Uechi. Le maître de shôtôkan Roland Habersetzer, dans "Karate
Für Meister Mit Korper Und Geist" (Le karate pour les maîtres avec le corps et l'esprit), attribue l'Uechi-Ryû comme donnant "Mehr als nur ein Hauch von Tradition" (plus qu’un souffle seul de la
tradition) ce qui signifie que l'Uechi Ryû est reconnu pour son mérite à suivre les traditions.
En comparaison des autres traditions du nan quan, un flux d'énergie relâchée n'est en général pas enseigné explicitement dans les aspects initiaux ou moyen du
curriculum de l'Uechi-Ryû. Jusqu'à récemment, un débutant en Uechi-Ryû n'aurait été exposé ni aux concepts d'économie de mouvement ni à ceux d'attaque et défense simultanée bien que les racines
de ces principes se trouvent dans les kata et nous verrons ci-après dans les séries de hojo undo. A l'inverse du Wing Chun ou de la Mante du Sud, le Système Uechi, par exemple, expose
traditionnellement le pratiquant débutant à une exploration des contractions à travers le kata sanchin de telle façon qu'il puisse plus tard découvrir le relâchement. Le résultat final est le
même: acquérir un contrôle totale de soi-même. Le Bubishi établit que "Comprendre les préceptes physiques et métaphysique du dur et du doux c'est apprendre l'équilibre de la balance entre les
deux qui permet à chacun de vaincre le plus grand adversaire qui soit: soi-même". Cet enseignement reflète la doctrine taoïste de l'ultime convergence de tous les extrêmes. La stratégie
d'enseigner la manipulation de sentiments contraires est fréquemment utilisée dans d'autres disciplines comme la psychothérapie ou d'autres arts de soins occidentaux. Dans la gestion des maux
chroniques par exemple, on peut enseigner au patient au début de "les rendre plus douloureux", afin qu'ils puissent finalement réaliser par eux-mêmes qu'ils ont la possibilités "de les rendre
moins douloureuses".
Après avoir fait les généralités ci-dessus concernant l'enseignement du Karate Uechi-Ryû, il serait bon de noter quelques changements importants intervenus dans
l'évolution du style, notamment en Amérique du Nord. Des pratiquants avancés comme George Mattson -- fréquemment désigné comme le "père" de l'Uechi-Ryû aux USA-- ont encouragé tous les Uechi-ka à
explorer l'aspect plus doux de leur art. Cette tendance ne peut seulement être positive que si l’on accepte l’assertion d'auteurs/pratiquants célèbres comme Stanley Henning ou Adam Hsu sur le
fait qu'il est artificiel d'essayer de décrire les styles de boxes chinoises en termes internes ou externes. Ceux sont des qualités qui concernent plus spécialement la nature et le raffinement
d'une pratique individuelle plutôt que des termes qui peuvent être appliqués à une forme d'art entière. Ignorer ou minimiser le yin ou le yang dans un objet signifie nier la symétrie dynamique de
l'univers. L'histoire nous raconte que les efforts pour le faire sont vains. Un pratiquant de Wing-Chun qui se concentre uniquement sur la lame du "bot jom doh"/"bart jarm dao"/"Bot Jaam Do"
(forme des 8 épées tranchantes) néglige bêtement le potentiel offensif et défensif de la crosse et du garde-main de l'épée. De façon similaire, un pratiquant d'Uechi-Ryû qui concentre sa pratique
uniquement sur le côté dur (contraction) va rapidement griller (yang = chaleur) ou va s'accommoder de ses limitations résultantes avec une expression robotique et inefficace de son
art.
Bien que les autres styles de boxes chinoises du Sud et l'Uechi-Ryû puissent différer par rapport aux méthodes avec lesquelles la force est générée
(particulièrement au niveau débutant et intermédiaire d'expertise) il y a de nombreuses similarités surprenantes dans la façon dont ils expriment l'énergie dans les applications en combat. La
sophistication et l'élégance de ces similarités peuvent être "découvertes" à un niveau plus avancé ou plus tôt si on a la chance d'avoir un instructeur éclairé et que l'on soit suffisamment mûr
pour recevoir et comprendre ce qui est présenté. Malheureusement, de tels enseignants peuvent ne jamais être compris. Car certains concepts ne peuvent être intégrés et compris que grâce aux
sensations, à un niveau viscéral, qui empêche de l'enseigner à autrui par la simple pratique physique. Apprécier les similarités dans les méthodes de générations de force et d'expression
d'énergie entre différents styles d'arts martiaux sont des processus subtiles et indéfinissables qui nécessitent généralement de longues et intenses recherches.
Malgré des différences superficielles, l'Uechi-ryû partage de nombreuses similarité avec les styles de Boxe chinoise du Sud de la Chine. Il partage aussi, avec ses
styles frères des côtes de la Chine du Sud, l'intérêt de protéger et attaquer la ligne centrale; un mécanisme de ligne de coude fixe pour générer de la force pour la partie haute du corps; une
position de combat stable et relativement haute; l'utilisation de pas serrés et de position des mains proche du corps; une prédilection pour frapper avec les mains; l'utilisation de coups de
pieds bas ou moyen pénétrants en puissance; et, peut-être le plus significatif, un investissement accentuée pour son premier et plus important kata, sanchin. S'il y a un fil directeur qui
caractérise les styles de boxes du Fujian (Chinois: 福建; pinyin: Fújiàn) c'est une dépendance vis-à-vis
du kata sanchin qui permet d'apprendre les principes remarquables du système. Patrick Mc Carthy reconnait sanchin (ou Saam Chien) comme étant commun aux styles de boxe de Fuzhou
(Chinois: 福州; pinyin: Fúzhōu) : boxe de la grue, boxe du dragon, boxe du tigre, boxe du chien, boxe des Arhat (Lohan ou
poing du moine) et boxe du lion. De plus, le style Ngo Gyo Kun devenu populaire récemment se repose sur une version de Sam Chien comme étant le squelette du système. Le style Hakka de mante
religieuse du sud (qui possède de nombreuses ressemblances avec l'Uechi-ryû) repose aussi sur une forme de base comparable à Sanchin, Som Bo Gin (trois pas en avant). Ayant comparé la citoyenneté
double du statut de l'Uechi-ryû comme étant à la fois un style de karate okinawaien valide et un kung-fu du Sud de la Chine, examinons maintenant les séries de mouvements connu sous le nom de
hojo undo.
HOJO UNDO (補助運動)
Le hojo undo (補助運動) est une pratique du curriculum de l'Uechi-ryû offrant quelques uns
des mouvement de self-défense les plus efficace d'un kata dans un format plus abrégé. La pratique régulière de l'hojo undo permet aux pratiquants de s'échauffer en groupe au début de chaque
entraînement, tout en apprenant des techniques de self-défense efficaces. L'utilisation du terme hojo undo dans le style Uechi-ryû devrait être différencié du même terme utilisé par les partisans
du système Gôjû-ryû qui comporte des exercices supplémentaires, notamment de musculation spécifique, en utilisant des équipements primitifs comme : sashi ichi (levée de pierre), ichi sachi
(cadenas de pierre), nagiri game (aggriper des jarres), chiishi (poid-levier en pierre), et kongoken (poids ovale en fer).
Le hojo_undo d'Uechi-Ryû enseigne la self-défense de la même manière que l'enseignait initialement maître Kanbun Uechi -- celle de ikkyoryû la pratique de faire un
mouvement explosif destructeur à la fois. Le hojo undo apporte l'opportunité de travailler des enchaînements de techniques tant appréciées par les tous les grands des arts martiaux. Rien ne
permet d'apprendre plus un mouvement et les concepts qu'il y a derrière son utilisation que les répétitions. Comme le hojo undo n'est habituellement pas fait avec un partenaire, les mouvements ne
sont pas si éloignés des bunkai, ce qui permet au pratiquant débutant d'avoir l'opportunité d'explorer entièrement et de façon détachée la signification combative et kinesthésique de chaque
séquence. Le pratiquant avancé, ceci-dit, peut et doit élaborer, et pratiquer, des applications dyadiques (binaires) de chaque séquence de hojo undo. Selon l'opinion de différents auteurs et
pratiquants d'Uechi-ryû (comme George Mattson), chaque éléments, de même que tous les éléments de kata devraient être exploré lors de "slammer" drills (des drills "claquant") à deux. Ce terme
descriptif inventé par Van Canna, pratiquant d'Uechi-Ryû et professeur reconnu aux Etats-Unis, ne nécessite pas de plus amples explications. Ce qui montre le côté "doux" de la pratique de
l'Uechi-Ryû compte tenu du relâchement nécessaire pour faire ces exercices de drills.
Le hojo undo permet aussi de s'entraîner au fajing (expression de force) tout au long de la pratique, même à un stade débutant et quelque soit le degré de
compréhension. Comme le pratiquant gagne de l'expérience dans la pratique des mouvements physiques grossiers de hojo undo, il va idéalement commencer un travail permanent et continu de
raffinement des énergies déployées dans chaque séquence. Une fois maîtrisé, un contrôle conscient du plus fin mouvement physique ne sera plus nécessaire. Les pratiquants parvenus à ce niveau de
développement peuvent se consacrer entièrement à développer la perception de l'adversaire dans le mouvement. Pour arriver au point ultime, où l'entraînement physique devient hors de propos, et à
ce niveau d'affinage, la volonté ou l'esprit deviennent le centre de l'attention de l'entraînement. La volonté du karateka se manifeste maintenant dans les mouvements physiques, ainsi, l'art et
le pratiquant ne font plus qu'un.
FAJING (發勁)
Le concept de fajing (發勁, pinyin: fā jìn) bien que multidimensionnel n'est ni
impénétrable ni irréalisable. Fajing se réfère à la qualité d'un mouvement élastique, une pulsation ou une sorte d'onde, exécuté avec explosivité. Si vous pensez à un serpent se ramassant sur
lui-même (compression d'énergie) et attaquant (relâchement d'énergie) vous serez sur la bonne voie pour comprendre le fajing. Un auteur d'ouvrages d'arts martiaux et enseignant, Erle Montaigue,
souligne un trait distinctif du fajing lorsqu'il dit que "le fajing n'est pas un mouvement rapide, ce n'est pas un mouvement très rapide, c'est un mouvement explosif". Montaigue compare le fajing
au mouvement de tremblement du corps entier, inconscient et explosif tel que cela arrive lors d'un éternuement. Kumar Frantzis définit le "fa" comme étant "décharger, un relâcher, expulser,
libérer ou projeter" et "jing" la "force". Liu Xing-Han et John Bracy définissent le fajing comme étant une émission de force basée sur un timing de plus en plus précis, l’angulation et la
perception de
l'intention de l'adversaire. Michael Babin décrit le fajing comme "l'énergie d'un fouet dont la force est transmise, sur toute sa longueur, dans une onde, jusqu'à
sa libération, à sa pointe ". Finalement, le Docteur Yang Jwing-Ming définit le fajing comme "utilisant le Yi (esprit ou intention) pour transporter le Qi (énergie bio-électrique intrinsèque)".
Il établit: "utiliser le Qi pour exciter le Li (Force musculaire)".
A partir de ces définitions, il devient clair que le fajing n'est pas simplement une expression de la force brute. Un simple coup percutant la main vide bien
qu'étant potentiellement efficace, ne commencera pas à approcher le potentiel destructeur d'un coup avec du fajing. Une explication de la différence est que les effets d'un coup percutant sont
limités à une perturbation superficielle des tissus du corps. C'est particulièrement approprié pour les frappes aux cavités du corps pour lesquelles une pénétration profonde d'un coup avec fajing
produira un plus grand degré de choc hydrostatique et occasionnera une plus grande perturbation du système interne. Un exemple de cette différence pourrait s’illustrer par la frappe d'une bûche
suspendue à un pivot et balancée par la seule force de gravité (un exercice d'entraînement de la chemise de fer). Ce qui représente une frappe percutante superficielle qui pourrait être
considérée comme équivalente à un direct en boxe. Par contraste à cet exemple, on peut imaginer d'être frappé par la pointe d'une corde chinoise lestée ou par le poids d'un manrikigusari (chaîne
lestée) -- toutes deux plus légères que la bûche mais au potentiel destructeur infiniment plus important compte tenu de l'énergie générée par le système de coup de fouet nécessaire pour libérer
le projectile. Le fajing est considéré par beaucoup comme étant la forme d'expression physique d'énergie la plus sophistiquée dans le monde des arts martiaux et les kata d'Uechi-ryû sont remplis
de mouvements idéalement exécutés avec du fajing.
Pour comprendre complètement le concept de fajing, il est nécessaire d'examiner la théorie du jing, qui est projeté dans le processus résultant du fajing. Bien
qu'il y ait diverses définitions pour le mot jing (écrit aussi jin, ging, ou gin) celle qui nous concernera est celle du processus neuro-musculaire impliqué dans l'unité du corps et de l'esprit.
Ceux sont trois éléments inséparables impliqué dans le jing: yi - l'esprit, li - l'énergie musculaire, et qi - la force vitale bio-énergétique.
Une compréhension de ces éléments pourra être mieux comprise avec une simple analogie. Imaginons que vous vous réveillez un jour en possédant miraculeusement la
force musculaire (li) d'un champion olympique d'haltérophilie. Poussons la fantaisie un peu plus loin et imaginons aussi que vous recevez la grande volonté de l'athlète, son pouvoir de
concentration, et la compréhension intellectuelle de la biomécanique des compétitions d'haltérophilie (yi). Surprise! Les résultats de vos plus gros efforts sur l'aire de compétition vont tomber
bien loin de l'idée d'un surhomme imaginaire. L'explication de cette ironie est que vous n'avez simplement pas payé votre du en entraînement dur, pour commander à répétition (yi) votre flux
d'énergie bio-électrique (qi) d'activer le système squeletto-musculaire (li) nécessaire pour des performances supérieures d'haltérophilie.
Chaque composant est nécessaire pour que le processus apparaisse et en tant que pratiquant d'arts martiaux, on s'efforce constamment de perfectionner les trois
éléments de façons isolées et simultanément.
Comme mentionné précédemment, il y a plusieurs sortes de jing. L'étude fascinante du jing existe tout au long d'un continuum. A l'une des extrémité du spectre se
trouve le doux/pratique interne du qi connu comme étant le qigong. Et à l'autre extrémité se trouve le dur/discipline externe de tension dynamique-- entrainement de sanchin Uechi-Ryû classique.
Ce type de jing utilisé principalement dans les applications combats en Uechi-Ryû est considéré comme étant doux/dur. [pour plus d'information à ce sujet, vous pouvez vous référer aux travaux du
Dr Yang Jwing Ming dans "l'essence de la grue blanche de Shaolin"]
La marque de fabrique du jing doux/dur est la transformation du corps initialement doux (relaché, décontracté) au dur au moment de l'impact. Ce type de mouvement
est caractérisé par une phase initiale et intermédiaire dans laquelle la tension est ostensiblement absente. A la phase terminale du mouvement, les muscles sont brièvement contracté pour éviter
un dépassement de capacité des tendons et des ligaments. Le degré de contraction utilisé dans ce type de mouvement est ni l'amplitude ni la durée utilisé en kime (concentration) - au moins pas
l'expression de kime d'un niveau débutant ou intermédiaire. La différence reflète la maxime de la forme suivant la fonction. Uechi-Ryû est un système de close-combat qui bien qu'okinawaien a
aussi une origine chinoise. De ce fait, le degré de tension utilisé dans l'aspect terminal du mouvement en Uechi-Ryû repose quelque part entre ce qui est trouvé dans les styles du sud de la Chine
et les styles okinawaien, par exemple entre Mante du Sud et Shorin-Ryû. Comprendre les antécédents historique du système nous permet de réconcilier l'absurdité apparente de sa filiation
appropriée à la fois avec le concept japonais de ikken hisatsu (un coup, un mort) et le model chinois de flux continu et relaché d'énergie -- flot de coups ininterrompu jusqu'à ce que l'ennemi
soit hors d'état de nuire (la menace est éradiquée).
Les mouvements de fajing d'Uechi-Ryû sont coordinés avec le cycle de la respiration pour maximiser leur force. De façon intéressante, en discutant de respiration et
force, le Dr Yang Jwing Ming explique que la respiration est fréquemment retenue au moment ultime de frappe pour maximiser la concentration musculaire. Cette observation est parfaitement corrélée
avec le modèle de respiration du sanchin classique d'Uechi-ryû dans lequel la respiration est circulaire et expulsée sur une expiration seulement après les mouvements de frappes dans sanchin et
les mouvements mawashiuke (blocages circulaires). Le Docteur Yang rapporte une citation en chinois qui établit que "quand il est nécessaire d'être dur, ça peut être dur. Quand il est requis
d'être doux, ça peut être doux. Le doux et le dur peuvent se soutenir habilement. Alors on appelle cela comprendre le jing." C'est l'esprit du pangainoon/Uechi-Ryû Karate, doux à l'extérieur et
dur à l'intérieur.
Suite de l'article : Eléments de Fajing en Uechi-Ryû part 2
Publié dans : Arts martiaux
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Par gojira
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